Sensory Room : quand le rugby s’ouvre à tous les publics

Dans un stade en ébullition, le bruit, la foule et l’imprévu peuvent transformer l’émotion du match en épreuve… Pour que chacun puisse vivre le rugby « comme les autres », le Groupe APICIL et la Fédération Française de Rugby se sont inspirés du modèle anglais, et ont imaginé un dispositif inédit en France : la Sensory Room.

Une histoire d’inclusion concrète, née de l’écoute et pensée comme une expérience globale, bien au-delà d’une simple pièce.

Tout est parti d’un constat… rarement formulé

Un stade plein, des chants, des lumières, une tension palpable. Pour beaucoup, c’est la promesse d’un moment de communion. Pour d’autres, notamment certaines personnes présentant des troubles du spectre autistique, cette intensité sensorielle peut devenir insurmontable. Le constat est simple, mais longtemps resté en marge :  l’accessibilité d’un événement sportif ne se limite pas à l’accès physique aux tribunes.

Fallait-il accepter que l’expérience stade reste inaccessible à une partie du public ?

Pour le Groupe APICIL et la Fédération Française de Rugby (FFR), la réponse a été claire : non.

Quand l’inclusion commence par l’écoute

Partenaire engagé de la FFR, le Groupe APICIL inscrit depuis plusieurs années l’inclusion au cœur de ses actions. C’est dans cette logique qu’est née une réflexion commune : comment adapter l’expérience du stade à des publics pour lesquels l’environnement sensoriel est un frein majeur ?

Les échanges avec des familles, des associations spécialisées et des professionnels ont rapidement mis en lumière un point essentiel :

« Ce n’est pas le sport qui pose problème, mais le cadre dans lequel il est vécu. »

À partir de là, une idée s’impose : créer un espace refuge, intégré au stade, permettant de vivre le match autrement, sans renoncer à l’émotion collective.

15 mars : la naissance de la première Sensory Room

Le 15 mars 2025, à l’occasion du match France–Écosse du XV de France masculin dans le cadre du Tournoi des Six Nations, une loge du Stade de France® est entièrement repensée. En collaboration avec l’association Autistes sans Frontières, la FFR et le Groupe APICIL inaugurent la toute première Sensory Room. Pensée comme une bulle apaisante au cœur de l’effervescence, elle permet à six adolescents autistes, accompagnés de l’un de leurs proches, d’assister au match dans un cadre sécurisé, confortable et modulable, tout en conservant une vue directe sur le terrain.

L’objectif n’est pas d’isoler, mais d’offrir une alternative. Le choix de vivre le rugby à son rythme.

Un dispositif qui va bien au-delà d’une pièce

Très vite, les enseignements de cette première expérimentation s’imposent : la Sensory Room n’a de sens que si elle s’inscrit dans un parcours global d’accessibilité. Depuis mars 2025, le dispositif s’est enrichi et structuré :

  • Une amélioration des équipements proposés, avec le regard d’experts du Centre Hospitalier du Vinatier et de son SESSAD.
  • Un scénario social, co-construit avec les structures accompagnantes, préparé en amont du match pour expliquer le déroulé de l’expérience (trajet, arrivée, ambiance, temps forts).
  • Un accompagnement spécifique dans le stade, incluant le briefing des équipes de sécurité, notamment sur les gestes pouvant être anxiogènes comme les palpations.
  • Une accessibilité renforcée des transports, avec des navettes mises en place en lien avec la RATP depuis la ligne 14, seule ligne de métro entièrement accessible, jusqu’au pied du stade de France.
  • Une personne dédiée à la billetterie PSH/PMR côté FFR, elle-même en situation de handicap, assurant information, accompagnement et réponses personnalisées aux spectateurs concernés. Cette personne peut, sur demande, transmettre les éléments utiles aux publics présentant un trouble du spectre autistique.

Le dispositif est soutenu par l’Action sociale Santé Prévoyance du Groupe APICIL, qui permet de garantir une prise en charge cohérente et humaine à chaque étape.

Des résultats concrets, une expérience vécue

Depuis mars 2025, plus d’une trentaine de personnes ont été accueillies sur cinq matchs, grâce à la Sensory Room et à l’ensemble du parcours d’accessibilité mis en place. Derrière ces chiffres, des expériences vécues : des temps de pause respectés, des émotions maîtrisées, des matchs enfin accessibles à des publics jusque-là tenus à distance de ce type d’événement. Un signal fort : l’inclusion n’est pas un principe abstrait, mais une somme de détails pensés ensemble.

Semer plutôt que garder pour soi

Aujourd’hui, le dispositif est solidement ancré autour des matchs du XV de France, masculin et féminin. Mais l’ambition va plus loin.

L’enjeu n’est pas de conserver une exclusivité, mais de faire essaimer le modèle : dans d’autres stades, sur d’autres territoires, et potentiellement au-delà du sport. Une réflexion est ainsi en cours pour étendre ce type de dispositif à d’autres événements sportifs et culturels, lorsque les conditions le permettent.

La Sensory Room devient alors plus qu’un aménagement : un cas d’école, structuré, documenté, réplicable, au service d’une accessibilité plus juste.

Parce qu’un collectif n’est fort que lorsqu’il inclut chacun

Le rugby est un sport de collectif. Un sport où l’on avance ensemble, malgré les différences.

Avec la Sensory Room, le Groupe APICIL et la FFR rappellent une évidence trop souvent oubliée : l’inclusion ne se décrète pas, elle se construit, pas à pas, à hauteur d’expérience. Et parfois, tout commence par une pièce un peu à part… pour mieux faire partie du tout.

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