Care manager : un métier de l’ombre au service des aidants

En France, plus de 7 millions de personnes accompagnent régulièrement un proche malade, âgé ou en situation de handicap, soit 11 % de la population.

Six aidants sur dix sont en activité ou étudiants. Parmi eux, beaucoup ignorent qu’un métier existe pour les épauler dans ce parcours spécifique et souvent solitaire : celui de care manager. Claire Huchon exerce cette fonction chez Prev&Care depuis 2020. Elle est l’une des care managers dédiés de l’offre APICIL AIDANCE. Elle raconte un quotidien fait d’écoute, de conseil, de coordination et d’humilité.

Comment définiriez-vous le métier de care manager ?

Claire Huchon : Le care manager est un expert du médico-social qui accompagne des personnes confrontées à la maladie, au handicap ou à la perte d’autonomie d’un proche. Notre rôle est d’accompagner l’aidant dans une notion de parcours de soins, englobant la santé physique et psychologique, aussi bien de l’aidant que de la personne aidée, car le couple aidant-aidé forme un tout indissociable.

Concrètement, je commence par faire une évaluation des besoins du couple aidant-aidé. J’apporte des informations et des conseils personnalisés et je peux être amenée à rechercher différents prestataires (dispositifs humains, techniques, etc.), des spécialistes (kiné, infirmières, orthophoniste…), les aides financières mobilisables… et je coordonne l’ensemble de ces services et démarches pour l’aidant. Quand on connaît la complexité et la multiplicité des dispositifs et des interlocuteurs (caisses de retraite, mutuelles, services d’aide à domicile, administrations, MDPH, EHPAD…), ce travail d’information et de coordination est un vrai soutien et soulagement pour les familles en termes de gain de temps et d’allègement de la charge mentale. Prenons un exemple simple : mettre en place une aide à la toilette ou au ménage suppose de contacter un prestataire, de vérifier les aides financières mobilisables, puis de suivre la situation dans la durée, car les besoins évoluent.

Claire Huchon, Care Manager

La décision finale revient toujours à l’aidant et à son proche : nous informons, nous facilitons, nous accompagnons, mais nous ne nous substituons jamais à eux.

Le care management est l’un des volets de l’offre APICIL AIDANCE, proposée aux entreprises pour accompagner leurs salariés aidants. En quoi ce métier se distingue-t-il de l’accompagnement RH classique ?

Les services RH internes agissent sur l’aménagement du temps de travail, la formation des managers, le parcours professionnel ou la désignation d’un référent. Mais ils ne résolvent pas les problèmes concrets auxquels l’aidant est confronté chez lui. Le care management vient combler ce manque.

Nous travaillons en complémentarité avec les dispositifs existants, comme le congé proche aidant, voire avec l’ensemble des outils/services mis en place par l’entreprise quand elle souhaite nous les partager. Objectifs : faire connaître à l’aidant toutes les aides auxquelles il peut prétendre, qu’elles soient internes ou externes à l’entreprise, et faciliter ainsi ses démarches à 360°.

Qu’est-ce que vous aimez particulièrement dans votre métier ?

Ce sujet me touche personnellement, car j’ai été aidante de mes grands-parents pendant plusieurs années. J’ai vécu de l’intérieur ce que je propose aujourd’hui aux aidants que nous accompagnons : apporter des informations et conseils personnalisé, chercher des dispositifs, coordonner des interlocuteurs, tout en menant sa propre vie.

Ce que j’aime le plus, c’est le sentiment d’utilité. L’impact est concret et immédiat : un merci du fond du cœur après un échange, ça apporte du sens et de la reconnaissance immédiatement. Et il n’y a jamais de routine, parce que chaque aidant, chaque famille, chaque parcours est différent. Nous accompagnons des personnes partout en France, avec des réalités très différentes selon les territoires. Je continue d’apprendre chaque jour ! C’est là toute la richesse de ce métier : une expertise technique sans cesse renouvelée, mise au service d’une relation profondément humaine.

Quelles compétences sont nécessaires pour exercer votre métier ?

Ce métier demande des qualités en termes d’écoute active, d’empathie, de discrétion et de patience, mais aussi une capacité à ne jamais juger : on reçoit des situations de vie complexes, des tensions entre frères et sœurs, des réticences à s’impliquer ou, au contraire, une implication telle que la charge est trop lourde à porter pour l’aidant… Ce non-jugement est essentiel : c’est ce qui permet à l’aidant de tout dire, sans crainte d’être évalué. C’est nécessaire pour mettre en place un accompagnement qui corresponde vraiment à sa situation. Ces qualités humaines s’exercent aussi au sein de l’équipe. Certaines situations peuvent faire écho à notre propre vie personnelle et être difficile à porter. Pouvoir se reposer sur une équipe, en parler, et parfois passer la main à un collègue, fait partie intégrante du métier.

Il n’existe pas de diplôme de care manager à proprement parler. Toutefois, la profession demande une solide formation dans le secteur médico-social, complétée par plusieurs années d’expérience de terrain. Chez Prev&Care, nos parcours sont volontairement variés :  expériences auprès des personnes âgées, atteintes ou non de maladies neurodégénératives, auprès des personnes en situation de handicap, ou suivies pour des troubles psychologiques. Une diversité voulue, pour couvrir avec une expertise pointue l’ensemble des situations que nous rencontrons.

Comment se déroule concrètement un accompagnement ?

Après un premier échange téléphonique, nous élaborons systématiquement un plan d’aide écrit. Tout est tracé sur un espace et une messagerie sécurisés : c’est essentiel pour l’aidant, qui digère souvent beaucoup d’informations d’un coup, mais aussi pour nous, pour le suivi sur le long terme. Ces supports écrits servent aussi à partager les informations avec la personne aidée et les proches. La prise d’information est d’ailleurs souvent suivie d’un temps, plus ou moins long, pour que la famille ou le proche accepte une décision.

Aucun rythme préétabli n’existe, ce sont les besoins qui dictent le tempo : mise en place d’une aide à domicile, entrée dans un établissement… Nous sommes souvent là lors des grandes étapes du parcours de soin. Tout au long de ce parcours, chaque bénéficiaire garde le même care manager. Cette continuité crée un vrai lien de confiance et une certaine proximité qui enrichissent la relation.

Quels bénéfices concrets pour le salarié aidant, et pour l’entreprise ?

Pour l’aidant, c’est un gain de temps et une baisse de charge mentale considérables, moins de stress, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et donc, une forme de prévention de l’épuisement professionnel et de l’absentéisme. Une personne soutenue dans ses démarches personnelles est aussi plus disponible et plus engagée au travail. D’après nos enquêtes de satisfaction, 75 % des salariés aidants que nous accompagnons libèrent en moyenne 5 heures par semaine, et 90 % d’entre eux se sentent plus engagés envers leur entreprise quand le service de care management s’inscrit dans une offre proposée par l’organisation, comme le propose APICIL dans ses contrats prévoyance. Pour l’employeur, c’est un signal fort en matière de marque employeur et de qualité de vie au travail, qui se répercute globalement dans le climat social, notamment via des accords aidants, QVCT ou handicap.

Quelles sont les limites de ce métier ?

Il y en a plusieurs, et elles sont réelles. La décision appartient toujours à l’aidant et à son proche : si l’un des deux n’y adhère pas, nous ne pouvons rien imposer. Nous ne pouvons pas non plus nous substituer à une décision médicale, ni accélérer des démarches administratives ou juridiques qui peuvent être longues. Enfin, certains territoires manquent cruellement de professionnels : zones rurales, montagnes et certaines zones urbaines. Par exemple, les délais d’attente pour consulter un orthophoniste peuvent atteindre deux ans ! Ce sont des limites factuelles, liées à la réalité du terrain, que nous devons accepter même si ce n’est pas toujours facile.

Comment voyez-vous ce métier évoluer ?

Avec le vieillissement de la population, la santé mentale, les problématiques de parentalité, le sujet de l’aidance s’impose de plus en plus dans la société, et les entreprises ne peuvent plus l’ignorer. D’ailleurs, le métier de care manager s’est beaucoup développé ces dernières années : il était encore rare quand j’ai débuté, il est aujourd’hui beaucoup plus répandu.

Comme dans beaucoup d’autres secteurs, notre métier va aussi évoluer avec l’IA. L’Intelligence Artificielle pourra par exemple nous aider à synthétiser des informations ou à rédiger plus vite des comptes-rendus, mais elle ne remplacera jamais l’écoute active, le conseil, le soutien humain et l’expérience des équipes accumulée sur le terrain. Les aidants ont besoin de parler, d’échanger avec des êtres humains, avec de vrais ressentis. C’est le cœur de notre métier et nous devons le préserver.