Éducation financière : l’IA transforme déjà les habitudes des jeunes Français

L’argent n’est plus un sujet tabou. Inflation, préparation de la retraite, pouvoir d’achat, recherche de rendement : les Français s’intéressent de plus en plus à leur épargne.

Mais entre prudence, manque de confiance en leurs connaissances financières et multiplication des contenus en ligne, une nouvelle dynamique est en train d’émerger : celle d’une éducation financière portée par le numérique et, désormais, par l’intelligence artificielle.

Le dernier baromètre de Nalo, réalisé avec OpinionWay autour de la démocratisation de la culture financière, met en lumière une transformation profonde des usages. Et un chiffre retient particulièrement l’attention : plus d’un jeune de moins de 35 ans sur deux utilise déjà l’IA pour comprendre des notions financières. Une évolution qui traduit autant une curiosité grandissante qu’un besoin d’accompagnement accessible et immédiat.

Une forte appétence pour l’épargne… mais un rapport encore prudent à l’investissement

Les Français restent très attachés à l’épargne. Selon l’étude, 81 % d’entre eux se disent intéressés par les sujets liés à l’épargne, dont 27 % “très intéressés”. En revanche, l’investissement financier continue de susciter davantage de réserves : seuls 47 % déclarent s’y intéresser.

Ce décalage illustre une réalité bien ancrée : la logique de sécurité reste dominante. D’ailleurs, 80 % des Français privilégient des placements à faible risque et à rendement limité ou modéré. Les produits d’épargne sécurisés demeurent largement majoritaires dans les portefeuilles :

  • 78 % détiennent des livrets réglementés ou bancaires ;
  • 46 % possèdent une assurance-vie et/ou un PER ;
  • 17 % seulement investissent dans des produits boursiers ;
  • 7 % détiennent des cryptomonnaies.

Cette prudence s’explique notamment par une culture financière encore fragile. Seuls 36 % des Français considèrent avoir une bonne ou excellente culture financière, tandis que 35 % jugent leurs connaissances faibles, voire inexistantes.

Les jeunes, plus audacieux malgré un déficit de connaissances financières

L’étude révèle un paradoxe intéressant : les jeunes générations sont à la fois celles qui déclarent le plus manquer de connaissances financières… et celles qui montrent la plus forte appétence pour les placements risqués.

Ainsi, 34 % des moins de 35 ans se disent attirés par des placements à haut risque et fort potentiel de gain, contre seulement 12 % chez leurs aînés. Ils sont également plus nombreux à détenir des produits boursiers ou des cryptomonnaies.

Cette prise de risque s’accompagne d’une consommation massive de contenus financiers en ligne. Les réseaux sociaux sont devenus des canaux centraux d’information financière pour les jeunes :

  • 91 % des 18-24 ans utilisent les réseaux sociaux pour s’informer sur l’argent ;
  • 72 % les consultent au moins une fois par semaine ;
  • YouTube arrive largement en tête (82 %), devant Instagram (76 %) et TikTok (68 %).

Les médias traditionnels perdent progressivement du terrain face à des formats plus accessibles, plus pédagogiques et plus immédiats.

L’intelligence artificielle s’impose comme un nouvel outil pédagogique

C’est sans doute l’enseignement majeur de cette étude : l’IA est désormais entrée dans les usages financiers du quotidien.

Au global, 27 % des Français ont déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle pour décrypter des notions financières. Mais chez les moins de 35 ans, cette proportion grimpe à 52 %.

Les usages ne se limitent plus à la simple curiosité :

  • 23 % des Français utilisent l’IA pour comparer ou obtenir des recommandations sur des produits financiers ;
  • 21 % s’en servent pour les aider à prendre des décisions personnalisées d’épargne ou d’investissement ;
  • 19 % l’utilisent pour suivre ou optimiser leurs investissements.

Cette adoption rapide traduit une évolution du rapport à l’information financière. L’IA apparaît comme un outil accessible, instantané et capable de simplifier des sujets souvent perçus comme complexes.

Autre signal fort : la confiance accordée à ces technologies progresse rapidement.
44 % des Français déclarent faire confiance à l’IA pour comprendre des notions financières, et 41 % pour comparer des produits financiers.

Chez les moins de 35 ans, cette confiance devient majoritaire.

Réseaux sociaux, IA, finfluenceurs : une confiance encore sélective

Si les usages numériques explosent, la confiance reste néanmoins très encadrée. Les professionnels du patrimoine demeurent les interlocuteurs les plus crédibles aux yeux des Français : 69 % leur font confiance pour recevoir des conseils financiers. L’entourage arrive juste derrière avec 62 %.

À l’inverse, les influenceurs spécialisés en finance peinent encore à convaincre. Seuls 14 % des Français déclarent leur faire confiance. Un chiffre qui monte toutefois à 35 % chez les moins de 35 ans.

Cette défiance s’explique notamment par un besoin croissant de transparence et d’expertise. Pour être crédible, un influenceur doit avant tout démontrer une réelle compétence financière et afficher clairement ses partenariats commerciaux.

Les Français restent également prudents face aux recommandations trouvées en ligne :

  • 67 % refusent de s’appuyer sur des conseils Internet pour gérer leur capital ;
  • seuls 16 % ont déjà suivi des conseils financiers trouvés en ligne ;
  • et ils sont désormais plus nombreux à juger avoir reçu de mauvais conseils que de bons.

Un enjeu majeur : transformer la curiosité digitale en véritable culture financière

Derrière ces nouveaux usages se dessine un enjeu de fond : celui de l’éducation financière. L’essor des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle contribue à démocratiser l’accès à l’information financière. Les barrières d’entrée tombent progressivement, notamment chez les jeunes générations.

Mais cette démocratisation pose aussi une question essentielle : comment transformer cette curiosité numérique en connaissances solides et durables ?

Comme le souligne Clément Nouvet, CEO de Nalo, l’IA peut constituer un formidable levier pédagogique, à condition de ne jamais remplacer l’esprit critique ni la vérification des informations. Le défi est donc double :

  • rendre les sujets financiers plus accessibles ;
  • tout en renforçant les capacités de discernement des épargnants.

Car si les outils évoluent rapidement, la nécessité d’une véritable culture financière reste plus que jamais centrale pour permettre à chacun de prendre des décisions éclairées sur son épargne et son avenir financier.